
Architecture GTB : les dessous d’un système qui booste l’efficacité énergétique de vos bâtiments tertiaires
7 janvier
2026
Connaissez-vous l’architecture GTB ? L’acronyme GTB désigne la Gestion Technique du Bâtiment, une solution de choix pour améliorer la performance énergétique de vos bâtiments. La GTB permet la supervision et le contrôle centralisé des équipements, qu’il s’agisse du chauffage, de la ventilation, de la climatisation, de l’éclairage ou de la plomberie. En outre, elle aide à rassembler les données énergétiques, à les analyser et à les utiliser en temps réel.
L’objectif ? Garantir le confort des occupants en pilotant efficacement les différents lots du bâtiment, mais aussi se conformer à la réglementation, comme le décret BACS ou le décret tertiaire, et maîtriser sa facture énergétique et l’empreinte carbone de ses bâtiments. Mais que trouve-t-on derrière ces systèmes intelligents et quelle est l’importance d’optimiser l’architecture GTB ? Le point dans cet interview avec Cédric Audry, référent GTB chez ACCIONA Energía.
Qu’est-ce qu’une architecture GTB ?
Cédric Audry : Une GTB s’articule autour d’automates, régulateurs, capteurs, passerelles, interfaces hommes-machines et divers autres matériels devant communiquer et s’interfacer avec différents logiciels. L’ensemble de ces couches matérielles est alors organisé, structuré selon une logique nécessaire au bon fonctionnement de l’ensemble. La structuration de ce tout constitue l’architecture de la GTB. Elle aboutit à un schéma technique fruit de la phase d’optimisation de la conception de la GTB. Ce schéma esquisse de manière synoptique la configuration du système de gestion technique du bâtiment. Le bâtiment dans lequel la GTB va s’intégrer est en effet construit avec plus ou moins de niveaux en infra et superstructure, avec un certain nombre d’équipements de production et d’émetteurs, couvrant ainsi plusieurs usages. Propriétaire et exploitant attendent de la GTB qu’elle assure plusieurs fonctionnalités et rende des services aux occupants pour maximiser le gain de temps et maîtriser le confort et les consommations d’énergie.
Ainsi, toutes les fonctionnalités attendues vont nécessiter des équipements différents et des moyens de communication variés, localisés à différents endroits du bâtiment. L’entreprise en charge de la conception de la gestion technique du bâtiment va construire l’architecture GTB du projet. Dans ce cadre, elle va sélectionner les références de matériel nécessaires, déterminer leur quantité, les lieux dans lesquels ils seront installés, les protocoles de communication, les matériels de supervision (interfaces homme-machine – ou IHM – et serveurs) et les outils logiciels d’exploitation.
L’architecture GTB rassemble tous ces choix. Elle est restituée visuellement au moyen d’un schéma qui présente la façon dont le système se construit (automates, régulateurs, capteurs, actionneurs, etc.) et montre comment les éléments du dispositif interagissent. Cette architecture GTB localise également les équipements GTB dans le bâtiment (bâtiment, niveau, local) ainsi que les équipements des lots techniques raccordés au système. De plus, elle précise les protocoles prévus pour permettre les échanges entre chaque appareil et affiche les technologies mises en œuvre, comme les commandes Bluetooth, les applications sur smartphone, les super/hyperviseur SaaS. Enfin, l’architecture GTB présente le nombre de postes de supervision mis en œuvre, à savoir les écrans, PC, etc.
L’objectif est de disposer de tout ce qui est nécessaire, sans superflu, et d’anticiper les évolutions futures pour garantir confort et pilotage intelligent, également dans une logique d’efficacité énergétique. Ces deux aspects sont en effet primordiaux et parfaitement pris en compte dans une architecture GTB optimisée. Car définir en amont les paramètres de confort, c’est garantir le niveau de confort attendu en s’assurant que le bâtiment régule par lui-même plusieurs paramètres : température, luminosité, hygrométrie, etc., en fonction des règles d’occupation, sans besoin d’interaction humaine. Bien sûr, il sera toujours possible de gérer les paramètres manuellement en cas de besoin.
Automates, régulateurs, superviseur… à quoi servent-ils ?
Cédric Audry : L’architecture GTB prévoit de nombreux équipements pour le fonctionnement efficace du système.
Les régulateurs sont des appareils généralement destinés à un seul et unique usage, qui permettent de gérer, par exemple, le chauffage ou la ventilation dans un bureau ou une salle de réunion, l’éclairage ou les stores. C’est ce qui explique leur coût moins élevé que celui des automates.
Les automates sont en effet des appareils plus puissants et polyvalents, comparables à des « mini PC ». Ils ont de nombreuses applications, ce qui en retour les rend plus chers et plus longs à paramétrer et programmer. Leur polyvalence permet de les destiner à plusieurs équipements ou gestion de locaux, comme la gestion d’une chaufferie, d’une centrale de traitement d’air, de locaux de distribution, climatisation, ou d’équipements de plomberie. Chaque automate est fourni avec un logiciel, propre, ou presque, à chaque fabricant. Plus le bâtiment est grand et complexe, plus il y a d’automates, même si leur capacité permettrait théoriquement d’en limiter la quantité pour tout gérer. Mais cela pourrait alors rendre plus complexes l’exploitation et la compréhension de leur rôle en phase d’exploitation. C’est pourquoi on alloue généralement un automate à un équipement ou à un local.
Le superviseur, ou logiciel de supervision, permet d’assurer le pilotage et le contrôle de l’ensemble des équipements techniques du bâtiment, mais aussi de visualiser et d’analyser des données, par exemple des consommations d’énergie. Il peut être installé localement, ce qui offre l’avantage d’accueillir un grand nombre d’options assez facilement, avec des logiciels puissants, fiables et réactifs. Sa capacité d’évolution est conditionnée à l’accès aux mises à jour proposées à la vente par les éditeurs. Le superviseur peut également être proposé en version SaaS, c’est-à-dire une version en ligne avec abonnement. Cette solution permet d’accéder à tous les correctifs et mises à jour via l’abonnement, à un coût moindre. En contrepartie, le SaaS peut offrir moins de vélocité ou de fonctionnalités. Quelle que soit la solution retenue, une connexion Internet permettant un accès à distance au superviseur et aux équipements locaux, peut fragiliser la sécurité du système de gestion technique du bâtiment tout entier en créant des vulnérabilités et des portes d’insécurité. Le superviseur sera donc choisi en fonction des besoins du client. Par exemple, un très gros building (tour telles qu’à La Défense ou immeuble de plusieurs milliers de m² de surface de bureaux avec beaucoup d’équipements nécessitera une forte puissance serveur et une grande vélocité logicielle. Les installations sont alors privilégiées en local en raison des échanges massifs de données en temps réel et du besoin de logiciels robustes. Dans tous les cas, ces systèmes fonctionnent en réseau avec des protocoles de communication communs comme BACnet, LonWorks, KNX ou Modbus.
Pouvez-vous nous dire quelques mots sur ces protocoles de communication ?
Cédric Audry : Par analogie, un protocole est une langue. Les protocoles permettent aux appareils qui « parlent la même langue » de communiquer entre eux. De nombreux protocoles coexistent sur le marché car, à l’époque de leur création, il n’existait pas de normes et chaque fabricant avait tendance à créer le sien. Il est alors souvent, à leur sujet, question de protocoles propriétaires dont la très grande majorité n’est plus du tout utilisée aujourd’hui. Puis d’autres ont été créés, chacun mettant en avant certains atouts en termes de fiabilité d’intégration multi-marque, ou de facilité de mise en œuvre. D’autres ont récemment été inventés avec l’IoT et la domotique ! Le principal avantage des protocoles utilisés aujourd’hui, c’est qu’ils sont ouverts et peuvent fonctionner avec le matériel de n’importe quel fabriquant. Quelques exemples ?
Le protocole Modbus, inventé en 1973, est un protocole propriétaire tombé dans le domaine public. Il est très pratique car 100 % ouvert et gratuit, mais il reste lent et peu capable de faire transiter de grandes quantités d’informations. Il est donc utilisé pour des usages simples comme la remontée des compteurs d’énergie ou le pilotage de petits équipements. En revanche, il est intéressant car gratuit et facile à exploiter, et le matériel permettant de l’exploiter est peu coûteux.
LonWorks a été inventé aux États-Unis par la société Echelon Corporation en 1990. Ce protocole est diffusé sous une norme reconnue par l’EIA (agence d’information sur l’énergie) et l’Europe. Il est principalement utilisé pour le pilotage des systèmes de chauffage, climatisation et ventilation (CVC) et de terminaux grâce à son interopérabilité inter-fabricants et à sa facilité et rapidité de mise en œuvre. Les équipements qui exploitent ce protocole sont opérés via une suite de logiciels adaptés qui permettent d’en utiliser toutes les fonctionnalités de façon standardisée. Aujourd’hui, il reste utilisé, mais il perd des parts de marché face au BACnet, spécifié par l’ASHRAE aux États-Unis en 1987.
BACnet est un protocole ouvert et également très pratique à mettre en œuvre et exploiter. D’ailleurs, il est largement mis en avant par les fabricants de matériel et la plupart des intégrateurs GTB sont formés à son déploiement. Avec ses nombreuses fonctionnalités standardisées, il est très pratique pour les entreprises qui l’implémentent, mais également en phase de déploiement, car, globalement, les variables et fonctionnalités sont identiques dans les logiciels.
Enfin, KNX intègre davantage d’équipements que BACnet, mais il est moins pratique pour concevoir des GTB avec de grandes quantités d’équipements et variables, c’est-à-dire qu’il convient davantage aux installations de petite et moyenne taille. Il offre toutefois une grande souplesse dans la conception du réseau. Cette particularité permet de limiter les erreurs de câblage, par exemple en reliant directement un régulateur à un capteur ou un régulateur à un autre sans passer par celui situé à côté. Il est donc très pratique sur le terrain et facilite les conditions de chantier en rendant les connexions plus simples et les protocoles plus souples à utiliser.
Une architecture GTB optimisée, c’est quoi ?
Cédric Audry : Une architecture GTB optimisée, c’est un minimum de matériel et des flux de communication efficaces, ce qui permet une installation fiable, facile à maintenir et véloce. Le bon nombre d’appareils doit être raccordé, ceux-ci doivent être positionnés au bon endroit et correctement dimensionnés, sans excès d’informations ni de connexions pour une efficacité garantie. Bien optimisée, l’architecture GTB permet ainsi de limiter les pannes et de maîtriser les coûts. Et dans une logique de coût énergétique et environnemental, un système GTB fiable et performant est synonyme d’une réduction de la consommation énergétique grâce à une gestion optimisée de l’énergie et du confort.
À l’inverse, une architecture qui n’est pas optimisée se caractérise par des flux de communication mal utilisés, ce qui engendre de la lenteur et beaucoup de latence, ou par des appareils sous-exploités. Donc au final, très peu d’efficacité ! Et trop d’appareils, c’est pour le client des coûts excessifs, un risque plus grand de panne et, in fine, une perte de fiabilité. L’utilisation d’un seul automate pour gérer à la fois les systèmes de chauffage, la ventilation et la climatisation – même si sa puissance et sa polyvalence le permettraient – est un exemple typique d’architecture mal optimisée : lorsqu’il tombera en panne, l’ensemble du système est à l’arrêt. C’est pourquoi il est essentiel de différencier les usages afin d’anticiper les défauts et les pannes, et ainsi de limiter les risques d’inconfort.
Quels sont les enjeux de cybersécurité liés à l’architecture GTB ?
Cédric Audry : La prise en compte de la cybersécurité dès le début du projet est un point important. Quel que soit le type d’installation, des failles existent, car même un logiciel installé en local peut être accessible à distance, par exemple via un VPN ou un logiciel de prise en main à distance nécessaire pour la réalisation d’opérations de maintenance. Le principal risque, selon mon expérience personnelle, c’est le ransomware qui représente l’un des plus gros risques rencontrés lorsque l’on parle de problèmes de cybersécurité. Dans ce cas, l’accès à la GTB est bloqué et le fonctionnement du système est dégradé. Ce risque se prévient dès la phase de conception, de manière relativement simple. Nous conseillons ainsi à nos clients de conserver une copie de tous les logiciels déployés lors de l’installation. Et en cas de piratage, il conviendra de débrancher la GTB de sa connexion Internet et de réinstaller les logiciels. Ceci permet de rétablir un fonctionnement en l’espace de quelques heures à une journée pour un coût de quelques milliers d’euros sans avoir à remplacer du matériel ou céder à la demande de rançon.
Comment accompagnez-vous vos clients dans la mise en place d’une architecture GTB optimisée ?
Cédric Audry : Chez ACCIONA Energía, nous intervenons d’abord sur la qualification des besoins point par point avec le client, car les choix qui seront faits ont un coût ! Il s’agit de définir quels usages seront raccordés à la GTB. Nous identifions également les équipements critiques à raccorder et le niveau de détail attendu dans le pilotage et le contrôle des équipements, ainsi que le type d’informations à remonter, comme le comptage de l’énergie ou de l’eau. À titre de conseil, nous préconisons généralement de raccorder les systèmes de chauffage, climatisation et ventilation en priorité, car ils sont très consommateurs d’énergie, alors que l’éclairage, qui nécessite de nombreux équipements comme des interrupteurs et présente un potentiel de gains énergétiques plus incertain, est plutôt envisagé en dernier, sauf quand il est rendu obligatoire par les textes en vigueur.
Nous prenons aussi en compte les contraintes liées au marché de l’immobilier, comme les labels et certifications environnementales (BREEAM, HQE, LEED, etc.). Ces certifications imposent des exigences précises et l’architecture GTB peut devoir y être adaptée afin d’y répondre.
Nous réalisons également une analyse critique point par point de l’architecture GTB, qui est généralement conçue par des entreprises spécialisées sélectionnées par le client. Nous nous assurons qu’elle est conforme aux normes et réglementations en vigueur, notamment au décret BACS qui impose certaines fonctionnalités, ainsi qu’aux obligations du décret tertiaire relatives aux informations sur les consommations. À titre d’information, le coût de l’étape de réalisation d’une architecture de GTB par l’entreprise en charge de la concevoir et ou installer, dépend de la complexité du système et de la taille du bâtiment, et peut donc varier de 1 000 € à 10 000 €.
[Livre blanc] Vous souhaitez tout savoir sur le décret BACS ?
Le décret « BACS » (Building Automation & Control Systems) rend obligatoire l’installation de systèmes de GTB dans les bâtiments tertiaires, qu’ils soient neufs ou existants. Pour vous aider à comprendre qui est concerné, quelles sont les échéances et comment vous mettre en conformité, nos experts ont conçu un livre blanc.
Enfin, notre accompagnement couvre également l’optimisation de l’architecture GTB, en tenant compte de la destination du bâtiment, du choix des protocoles et de l’anticipation des évolutions futures. Nous aidons notre client à définir les coûts et les différents scénarios possibles, en intégrant au projet l’installation, la maintenance, l’évolutivité et les coûts de maintenance.
Notre objectif est de faire en sorte que le client investisse dans un système optimisé, avec une facilité de maintenance et surtout, qu’il reste pertinent dans le temps. Et c’est justement pourquoi nous sommes particulièrement attentifs à l’évolutivité. Car le but est d’obtenir un système le moins cher possible en exploitation, sachant que le matériel sera tôt ou tard obsolète du fait des évolutions technologiques. L’enjeu est donc de garantir une durée de vie d’une quinzaine d’années pour le matériel afin qu’en cas de nécessité, le client n’ait qu’à remplacer les appareils, en conservant par exemple les câbles. Même si certains choix peuvent occasionner des difficultés en phase de chantier, ce qui prime, c’est véritablement la facilité d’exploitation et de maintenance des systèmes GTB sur 30 ans et la capacité à entretenir le système sur la même durée.
Vous souhaitez optimiser votre architecture GTB ? Contactez-nous, nos experts vous guideront tout au long du processus !








