
Pourquoi la décarbonation est-elle devenue un enjeu stratégique pour les entreprises ?
10 février
2026
Hausse des coûts de l’énergie, durcissements réglementaires et objectif de neutralité carbone, la décarbonation devient un enjeu stratégique pour les acteurs du tertiaire et de l’industrie. Comment réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) ? Quelles solutions pour maîtriser ses consommations d’énergie en France? Cadre réglementaire, solutions techniques et financements, ACCIONA Energía apporte des réponses stratégiques aux entreprises engagées dans leur transition énergétique.
Décarbonation des entreprises : l’essentiel à retenir en 8 points
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Mesurer les consommations d’énergie et les émissions de GES, notamment via un bilan carbone et un audit pour disposer d’une base objective avant action ;
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Réduire en priorité les consommations énergétiques, dans une logique de sobriété et d’efficacité, avant d’engager une transformation du mix énergétique ;
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Adapter les solutions de décarbonation aux usages réels des bâtiments tertiaires et aux contraintes des procédés industriels, pour garantir des gains mesurables ;
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S’appuyer sur un cadre réglementaire structurant (SNBC, décret tertiaire, exigences industrielles, dynamique européenne) pour orienter et prioriser les actions ;
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Mobiliser les dispositifs publics de financement (France 2030, DECARB IND, DECARB-FLASH, CEE) en les intégrant dans une stratégie énergétique et carbone globale ;
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Déployer des solutions techniques cohérentes sur les bâtiments, les équipements et les procédés, en lien avec les priorités identifiées ;
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Piloter la trajectoire de décarbonation dans le temps, à partir d’indicateurs de performance et carbone, pour sécuriser les résultats ;
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Inscrire la décarbonation dans la stratégie globale de l’entreprise, comme un levier de performance durable et de résilience économique.
Décarbonation : définition et objectifs pour les entreprises
La décarbonation, parfois appelée décarbonisation, désigne l’ensemble des actions et solutions visant à réduire les émissions de dioxyde de carbone (CO₂), et plus largement de gaz à effet de serre (GES) générées par les activités humaines. Elle peut s’appliquer à une entreprise, à un secteur d’activité ou à l’ensemble d’un territoire.
La décarbonation repose sur une logique de transition durable qui consiste à diminuer l’empreinte carbone des activités tout en maintenant, voire en améliorant, la performance opérationnelle.
Ainsi, la décarbonation concerne aussi bien :
- Les consommations d’énergie liées aux bâtiments tertiaires ;
- Les procédés industriels, la production de chaleur et l’utilisation de gaz ou d’électricité ;
- Le choix des sources d’énergie utilisées.
La décarbonation ne se limite donc pas à un changement de fournisseur ou à l’intégration d’énergies renouvelables. Elle implique une analyse fine des usages énergétiques, des émissions associées et des leviers de réduction mobilisables à court, moyen et long terme.
Pour y parvenir, un bilan carbone identifie l’intégralité des émissions de GES associées à la production, à l’utilisation de l’énergie et aux flux de matière, exprimés en tonnes de CO₂ équivalent.
Zoom sur les énergies décarbonées
À l’échelle d’une entreprise, la décarbonation passe en grande partie par l’évolution du mix énergétique. Les énergies dites « décarbonées » sont celles dont la production génère peu ou pas d’émissions de GES. Elles regroupent notamment les énergies renouvelables : éolien, solaire, hydraulique, biomasse, et les énergies non carbonées, comme le nucléaire. Selon les données publiées par RTE dans son bilan électrique 2025 provisoire, près de 95 % de l’électricité produite en France provient de sources bas-carbone. Cette spécificité confère un rôle central à l'électrification des usages, au développement de nouvelles technologies énergétiques et, à plus long terme, à des vecteurs comme l’hydrogène, dans les stratégies de décarbonation des entreprises.
Décarbonation en entreprise en 4 étapes
Mettre en œuvre une démarche de décarbonation efficace suppose de suivre une méthodologie efficace pour ne pas perdre de temps et optimiser les résultats.
Établir un bilan carbone et analyser les consommations
Toute démarche de décarbonation débute par une vision objective des émissions de gaz à effet de serre (GES) et des consommations d’énergie. En l’absence de données fiables, les actions engagées risquent d’être mal ciblées ou peu efficaces.
Le bilan carbone permet d’identifier les principales sources d’émissions, tandis que l’analyse des consommations par usage ou par procédé apporte une lecture opérationnelle des postes énergivores.
Analyser et prioriser grâce à l’audit énergétique
L’audit énergétique constitue un outil central pour transformer les données en décisions. Il permet de :
- Analyser finement les consommations par usage ou par procédé ;
- Identifier les principaux postes d’émissions associés ;
- Hiérarchiser les solutions de décarbonation selon leur impact carbone et économique.
Cette étape aide à prioriser leurs investissements et à structurer une trajectoire de décarbonation compatible avec leurs contraintes réglementaires et opérationnelles.
Déployer des solutions techniques adaptées aux usages
Sur la base des priorités identifiées, la décarbonation se traduit par la mise en œuvre de solutions techniques concrètes :
- L’optimisation ou le remplacement des équipements énergétiques existants ;
- L’amélioration de la performance des bâtiments et des systèmes techniques ;
- L’électrification des usages et des procédés lorsque cela est pertinent ;
- La récupération et la valorisation de la chaleur fatale.
Les actions doivent être adaptées aux usages réels des bâtiments tertiaires ou des sites industriels afin de garantir des gains mesurables et durables.
Piloter la trajectoire de décarbonation dans la durée
La décarbonation nécessite un pilotage continu, fondé sur le suivi des consommations, des émissions et des performances obtenues.
Ce pilotage permet d’ajuster les choix techniques, de sécuriser les investissements et d’inscrire la décarbonation dans la stratégie globale de l’entreprise.
Quels leviers et solutions concrètes pour décarboner les entreprises ?
La décarbonation d’une entreprise repose sur des solutions techniques réellement efficaces, à activer dans le bon ordre selon les usages énergétiques et les contraintes opérationnelles.
Agir en priorité sur les consommations d’énergie pour décarboner
Réduire les consommations d’énergie constitue le point d’entrée le plus rapide et le plus rentable pour diminuer les émissions de GES.
Dans le tertiaire, les actions prioritaires de rénovation énergétique des bâtiments portent sur :
- L’isolation de l’enveloppe des bâtiments existants ;
- L’optimisation de l’efficacité énergétique des systèmes de chauffage, de ventilation, de climatisation et d’éclairage ;
- Le pilotage des usages (GTB, monitoring, etc.) et des conditions d’exploitation.
Dans l’industrie, les leviers les plus efficaces concernent :
- L’optimisation des procédés de production et de transformation de la matière ;
- La modernisation des équipements énergivores ;
- La récupération et la valorisation de la chaleur fatale.
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Ces solutions techniques permettent de réduire immédiatement les consommations d’énergie et de poser les bases d’une trajectoire de décarbonation crédible.
Réduire l’empreinte carbone du mix énergétique
Une fois les consommations maîtrisées, la décarbonation passe par la transformation des sources d’énergie utilisées.
Les solutions de décarbonation mobilisables incluent notamment :
- L’électrification des usages, des procédés et des flottes de véhicules professionnels ;
- Le recours à des énergies renouvelables, produites sur site ou achetées dans une optique d’autoconsommation ;
- L’adaptation du mix énergétique aux besoins réels de l’activité.
Dans le contexte français, la faible intensité carbone de l’électricité confère à ces solutions un levier de réduction des émissions particulièrement efficace, notamment pour les sites industriels.
Agir sur les transports et la mobilité des entreprises
Au-delà des bâtiments et des procédés, la décarbonation des transports constitue un levier complémentaire pour réduire l’empreinte carbone des entreprises, en particulier lorsque les déplacements professionnels, la logistique ou les flottes de véhicules représentent une part significative des émissions.
Les actions mobilisables portent notamment sur :
- La réduction des besoins de déplacement ;
- L’optimisation des usages ;
- L’électrification progressive des flottes ;
- Le recours à des solutions de mobilité bas carbone, adaptées aux contraintes opérationnelles.
Ces leviers s’inscrivent dans une approche globale de la décarbonation, en cohérence avec les stratégies énergétiques et climatiques de l’entreprise.
Structurer et piloter sa démarche de décarbonation dans la durée
Sans pilotage, les gains de la décarbonation s’érodent rapidement.
Une démarche de décarbonation efficace repose sur :
- Une connaissance précise des consommations et des émissions par usage ;
- La hiérarchisation des actions en fonction de leur impact énergétique et carbone ;
- Un suivi régulier des performances énergétiques pour ajuster les choix techniques et économiques.
Cette structuration permet de transformer la décarbonation en un projet opérationnel et pérenne, alignée avec les exigences réglementaires et les objectifs de performance de l’entreprise.
En ce sens, la mise en place d’un système de management de l’énergie, certifié ISO 50001 ou non, permet de structurer leur démarche de décarbonation afin d’améliorer en continu leur performance.
Quels sont les enjeux stratégiques de la décarbonation du tertiaire et de l’industrie ?
Pour les entreprises du tertiaire et de l’industrie, la décarbonation constitue un enjeu stratégique majeur de transition énergétique, directement lié à la maîtrise de l’énergie, à la conformité réglementaire et à la compétitivité économique.
Respecter un cadre réglementaire ambitieux
Les trajectoires climatiques définies aux niveaux national et européen se traduisent désormais par des obligations concrètes pour les acteurs économiques.
Entre la Stratégie nationale bas carbone, le décret tertiaire, les exigences liées aux audits énergétiques réglementaires et les dispositifs européens comme le plan « fit for 55 », les entreprises doivent justifier :
- Leurs consommations d’énergie ;
- Leurs émissions de gaz à effet de serre ;
- Les solutions techniques mises en œuvre pour les réduire.
Évoluer dans un contexte économique et énergétique tendu
La hausse et la volatilité des prix de l’énergie ont profondément modifié les équilibres économiques des sites tertiaires et industriels. Réduire les consommations, limiter la dépendance aux énergies fossiles et sécuriser le mix énergétique permet de mieux maîtriser les coûts d’exploitation et de réduire l’exposition aux aléas des marchés des énergies.
Chiffres clés publiés en 2025 des émissions de GES à l’échelle nationale
Selon le rapport SECTEN 2025 du CITEPA, les émissions territoriales de GES en France ont diminué de 1,8 % en 2024 (- 6,9 MtCO₂e), une baisse encore insuffisante au regard des trajectoires climatiques. Le rapport met en évidence de fortes disparités sectorielles, avec une diminution marquée dans l’industrie de l’énergie (- 10,2 %) et une baisse très limitée pour l’usage des bâtiments (- 0,7 %). Ces résultats confirment que les marges de progression restent concentrées sur les consommations des sites.
Quel cadre réglementaire s’applique à la décarbonation des entreprises ?
La décarbonation des entreprises s’inscrit dans un cadre réglementaire strict impliquant les politiques climatiques nationales et européennes. Ces dispositifs visent à encadrer durablement les choix énergétiques des acteurs économiques.
Une trajectoire nationale portée par la Stratégie nationale bas carbone
En France, la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) définit la trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050 sur base d’un objectif d’atteinte de la neutralité carbone.
Elle fixe des orientations sectorielles qui servent de cadre de référence pour les politiques publiques et les obligations applicables aux entreprises, en particulier dans le tertiaire et l’industrie.
La SNBC constitue ainsi le socle sur lequel reposent les dispositifs réglementaires opérationnels, en lien direct avec les consommations d’énergie et les émissions associées aux activités économiques.
L’audit énergétique réglementaire
L’audit énergétique réglementaire devient une obligation pour les entreprises dépassant certains seuils de consommation d’énergie.
Ainsi, les articles L233-1 et suivants du Code de l’énergie précisent que toute personne morale immatriculée exerçant une activité en France doit réaliser un audit si :
- Sa consommation annuelle moyenne d’énergie finale est ≥ 2,75 GWh sur les trois dernières années ;
- Et qu’elle n’a pas mis en place un système de management de l’énergie certifié (ISO 50001).
Réalisé tous les 4 ans, cet audit obligatoire doit couvrir au minimum 80 % de la facture énergétique, afin d’identifier les gisements d’économies d’énergie et les leviers de décarbonation pertinents.
Pour rappel, ce nouveau seuil (2,75 GWh) remplace les seuils historiques qui concernaient principalement les grandes entreprises (plus de 250 salariés, 50 M€ de CA ou 43 M€ de bilan).
Réduction des consommations imposée par le décret tertiaire
Le décret tertiaire s’applique à tous les bâtiments à usage tertiaire de plus de 1 000 m², qu’ils appartiennent à des entreprises de services ou à des sites industriels intégrant des zones tertiaires.
Ces entités doivent atteindre des objectifs progressifs de réduction des consommations d’énergie : - 40 % d’ici 2030, - 50 % d’ici 2040, - 60 % d’ici 2050, par rapport à une année de référence.
Le champ d’application du décret tertiaire peut englober des bâtiments industriels ayant des zones ou des activités assimilables à du tertiaire (si celles-ci dépassent le seuil de surface réglementaire).
La dynamique européenne d’accélération de la décarbonation
À l’échelle européenne, des initiatives comme REPowerEU visent à :
- Accélérer la réduction de la dépendance aux énergies fossiles ;
- Renforcer l’efficacité énergétique ;
- Favoriser l’électrification des usages.
Pour les entreprises, ce cadre européen de transition écologique complète les dispositifs nationaux et renforce la nécessité d’inscrire les projets de décarbonation dans une vision de long terme.
Décarbonation des entreprises : quels aides et dispositifs ?
Si la décarbonation implique des investissements parfois significatifs, elle s’appuie également sur plusieurs dispositifs publics destinés à concrétiser plus rapidement les projets, en particulier dans l’industrie et le tertiaire à forte demande énergétique.
France 2030 : un cadre structurant pour la décarbonation de l’industrie
Le plan France 2030 place la décarbonation de l’industrie parmi ses priorités stratégiques, avec un objectif de réduction de 35 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 2015.
Constituant un cadre de référence pour les appels à projets dédiés à la décarbonation, France 2030 soutient notamment :
- La modernisation des procédés ;
- L’efficacité énergétique ;
- La transformation du mix énergétique,
DECARB IND et DECARB-FLASH : des appels à projets ciblés pour l’industrie
Dans le cadre du plan France 2030, plusieurs appels à projets publics visent à accompagner financièrement la décarbonation des sites industriels.
Relancé jusqu’au 1er juin 2026, DECARB IND 25 s’adresse à des projets de transformation industrielle de grande ampleur. Il cible des investissements d’au moins 3 millions d’euros, permettant une réduction minimale de 1 000 tCO₂e par an. Les projets éligibles portent notamment sur l’efficacité énergétique, la récupération de chaleur fatale ou la modification du mix énergétique.
En complément, DECARB-FLASH 2025-2027, opéré par l’ADEME, soutient des projets plus rapidement déployables, avec des montants d’investissement compris entre 100 000 et 3 millions € (seuil abaissé à 25 000 € en Corse et outre-mer). Ouvert jusqu’au 15 février 2027, il finance des actions concrètes comme :
- L’électrification des usages ;
- L’isolation des bâtiments ;
- La récupération de chaleur ;
- Etc.
Ces deux dispositifs complémentaires permettent aux entreprises industrielles d’engager des projets de décarbonation en réduisant le risque financier, à condition de les inscrire dans une stratégie bas carbone structurée.
Lancez-vous en commençant par télécharger le guide DECARB-FLASH 2025-2027 >
Les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) : un levier complémentaire
Le dispositif des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) constitue un levier transversal et complémentaire pour financer une partie des actions d’efficacité énergétique, aussi bien dans le tertiaire que dans l’industrie.
Les CEE peuvent notamment soutenir :
- Des travaux de rénovation
- L’amélioration de la performance des équipements ;
- Certaines actions d’optimisation des usages énergétiques.
Pour les entreprises, l’enjeu n’est pas de mobiliser ces dispositifs isolément, mais de les intégrer dans une stratégie de décarbonation cohérente, alignée avec les objectifs réglementaires. Cette approche permet de sécuriser les projets et d’en améliorer la rentabilité sur le long terme.
En 2026, la décarbonation des entreprises du tertiaire et de l’industrie repose sur une approche structurée, combinant mesure des émissions, priorisation des actions et déploiement de solutions techniques adaptées aux usages. Au-delà des obligations réglementaires, elle constitue un levier durable de maîtrise des coûts, de résilience économique et de performance énergétique. À condition d’être pilotée dans le temps, la décarbonation s’inscrit pleinement comme un choix stratégique au service de la compétitivité des entreprises.








