Pourquoi récupérer la chaleur fatale est un enjeu stratégique en 2026 ?
29 avril
2026
Longtemps considérée comme une perte anecdotique, la chaleur fatale s’impose désormais comme un levier concret de performance énergétique et économique. Dans un contexte de hausse et de volatilité des coûts de l’énergie, de transformation des systèmes énergétiques et de pression réglementaire accrue, sa valorisation devient une décision stratégique pour les entreprises.
Présente dans la production d’air comprimé, production de froid ou procédés de séchage par exemple, la chaleur fatale peut être récupérée selon différentes configurations puis valorisée, par exemple pour le chauffage des locaux.
Trois facteurs expliquent la nécessité croissante de récupération de chaleur fatale dans l’industrie :
- Réduire durablement les coûts énergétiques, en réutilisant une énergie thermique déjà produite sur site ;
- Anticiper les obligations réglementaires relatives notamment aux exigences européennes en matière d’efficacité énergétique ;
- Accélérer le développement de projets grâce aux dispositifs de financement, avec une possibilité d’éligibilité, par exemple, aux Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) et au Fonds Chaleur de l’ADEME, ou encore une possibilité de tiers-financement.
Qu’est-ce que la chaleur fatale ?
Plusieurs activités des secteurs industriels et tertiaires génèrent des rejets d’énergie thermique à différents niveaux de température qui constituent une source d’énergie valorisable. L’énergie rejetée est plus communément appelée « chaleur fatale » ou « chaleur perdue ». Elle est qualifiée de « fatale », car cette déperdition thermique est inévitable. Selon l’ADEME, un tiers de la consommation de combustibles du secteur de l’industrie est perdu dans l’atmosphère[1].
Elle peut prendre différentes formes : liquide, gazeuse et diffuse.
- Rejets liquides : ce sont les plus facilement récupérables. Il s’agit notamment des eaux de refroidissement des compresseurs d’air et des installations de production de froid, des fours électriques, ou encore des purges de chaudière, des condensats de vapeur, etc.
- Rejets gazeux : la chaleur fatale est ici récupérée à partir des buées produites par les systèmes de séchage, de l’air chaud produit par les compresseurs d’air comprimé, ou encore des fumées des fours, chaudières, incinérateurs, etc.
- Rejets diffus : il s’agit des pertes par les parois, conduites, fuites d’air ou rayonnement thermique, qui sont les plus difficiles à récupérer, car peu canalisées.
Ces rejets thermiques ne sont pas uniquement produits dans l’industrie, les bâtiments tertiaires sont également concernés, notamment les hôpitaux ou bien les data centers qui en produisent sous forme d’eaux usées ou d’eaux de refroidissement.
Quelques ordres de grandeur pour situer le potentiel de la récupération et de la valorisation de la chaleur fatale
Gisement estimé de la chaleur fatale en France en 2017
Chaleur fatale valorisée en France en 2021 (estimation)
Gisement estimé de la chaleur fatale récupérable pour le seul secteur agroalimentaire en 2017
La chaleur fatale est souvent perdue, rejetée dans l’environnement. Pourtant, sa valeur économique et environnementale est significative. Une étude de l’ADEME parue en 2017 l’estime à 118 TWh, dont 110 TWh pour les entreprises industrielles et 8 TWh pour les unités d’incinération d’ordures ménagères (UIOM), les data centers et les stations d’épuration des eaux usées (STEP). Un volume d’énergie considérable et directement mobilisable pour réduire les besoins en chaleur des sites industriels et tertiaires.
De plus, près de la moitié de ce gisement concerne des rejets dépassant une température de 100 °C, soit un niveau thermique élevé particulièrement intéressant à valoriser. En tête du trio des industriels présentant le plus gros potentiel de récupération de chaleur fatale, on trouve ainsi le secteur de :
- L’agroalimentaire ;
- L’industrie chimique et des plastiques ;
- La cimenterie et la verrerie.
En 2023, le secteur industriel représentait plus de 19 %[2] des consommations énergétiques en France. Pour réussir la transition énergétique et atteindre les objectifs du paquet climat "Fit for 55", il est donc urgent de les accompagner dans leurs efforts de réduction de leurs consommations d’énergie et de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), notamment via des solutions de récupération et de valorisation de la chaleur fatale.
D’un point de vue purement économique, les entreprises qui récupèrent cette chaleur utilisent une énergie thermique disponible directement sur leur site et qui a déjà été payée. Avec ce système, elles évitent ainsi des consommations d’énergie supplémentaire. Un atout pour alléger leur facture énergétique et améliorer leur compétitivité grâce à une plus grande efficacité énergétique !
Chaleur fatale : comment identifier les gisements ?
La première étape pour identifier les opportunités de récupération ? Réaliser une étude d’opportunité du mix énergétique qui vous permettra de déterminer ces gisements en fonction de votre activité, site ou bâtiment, et d’identifier les actions à mettre en œuvre sur vos installations et processus pour la récupérer et la valoriser. Et ainsi, améliorer votre efficacité énergétique et réduire vos émissions de gaz à effet de serre.
L’existence d’un système de management de l’énergie certifié par la norme ISO 50001 permet d’intégrer encore plus facilement un projet de récupération de chaleur fatale.
Chez ACCIONA Energía, nos experts accompagnent la structuration et la mise en œuvre de ces projets.
Chaleur fatale industrielle: focus sur les principaux équipements à cibler
Différents types de processus ou installations industriels génèrent de la chaleur fatale, en particulier lors de la production d’air comprimé, de froid, des opérations de cuisson ou des procédés de séchage. Ces équipements produisent des flux thermiques à différents niveaux de température, souvent continus, qui constituent des sources d’énergie directement mobilisables.
La quasi-totalité des secteurs industriels est concernée, dès lors que des équipements rejettent de la chaleur (compresseurs, groupes froids, fours, chaudières, etc.). L’enjeu consiste alors à identifier ces gisements et à adapter les solutions de récupération en fonction des niveaux de température, des usages énergétiques et de l’organisation des flux sur le site.
Par exemple, certains procédés industriels, comme le traitement des composés organiques volatils (COV), reposent sur des réactions à haute température qui génèrent une quantité importante de chaleur. Cette énergie thermique, non utilisée en sortie de procédé, constitue un gisement de chaleur fatale. Elle peut être captée via des échangeurs (récupération), puis réutilisée pour alimenter d’autres usages énergétiques du site (valorisation). La récupération n’intervient donc pas dans la dépollution elle-même, mais permet d’en améliorer la performance énergétique globale.
N'oubliez pas les buées de séchage !
Les processus de séchage dans l’industrie créent de la vapeur avec des niveaux de température et d’humidité variables. Ces « buées », comme on les appelle, constituent un gisement particulièrement intéressant : lorsque leur température se situe entre 50 et 200 °C, il est très facile de procéder à leur récupération et valorisation.
Par exemple, le séchage effectué dans le cadre du processus d’une papeterie située dans les Vosges libère de l’air humide dont la température avoisine les 60 °C. Par l’intermédiaire de deux échangeurs en sortie des colonnes d’évacuation de buées, une partie de la chaleur est récupérée pour alimenter un réseau de chaleur basse température servant au chauffage des bâtiments. La papeterie a bénéficié à la fois des primes CEE, dans le cadre d’une opération spécifique CEE, et du Fonds Chaleur de l’ADEME, ce qui lui a permis de couvrir 50 % du montant de son investissement.
Comment récupérer la chaleur fatale ?
De nombreuses solutions existent pour capter la chaleur fatale industrielle. Elles font appel à des technologies variées de type échangeur et pompe à chaleur.
Ces technologies peuvent être complétées par des solutions plus avancées, en fonction du niveau de température et des usages énergétiques du site :
- Compression mécanique de vapeur (CMV) permettant d’élever le niveau thermique d’une source de chaleur fatale ;
- Pompe à chaleur haute température (PAC HT) peut chauffer l’eau du circuit de chauffage jusqu’à 80-90 °C, une température compatible avec des besoins industriels et eau chaude. En savoir plus sur les pompes à chaleur industrielles >
- Cycles de Rankine organique (ORC) utilisés pour produire de l’électricité à partir de chaleur basse ou moyenne température ;
- Machines à absorption adaptées à la production de froid à partir d’énergie thermique ;
- Éjecto-compresseurs mobilisés dans certains procédés industriels spécifiques.
- Réseau de chaleur permettant d’exporter la chaleur fatale des industriels fortement excédentaires et d’en faire bénéficier les bâtiments ou infrastructures raccordés.
Le choix de la technologie dépend directement du niveau de température des flux, de leur continuité et des besoins thermiques ou électriques du site.
Cas concret
Récupération de chaleur fatale sur un process industriel
Nestlé Purina Petcare a sollicité ACCIONA Energía dans le cadre de son projet de récupération de chaleur fatale. L’entreprise souhaitait dimensionner le futur besoin de chaleur de sa nouvelle centrale de traitement d’air et évaluer les différents gisements de chaleur fatale du site afin de réduire sa facture énergétique.
La récupération de chaleur fatale dans le secteur tertiaire
Pour les entreprises du tertiaire, il est également possible de récupérer la chaleur fatale, notamment sur les installations de production de froid fonctionnant toute l’année, comme c’est par exemple le cas dans le secteur de la santé ou pour les data centers. Sa récupération peut permettre de réaliser, selon les configurations, jusqu’à 100 % d’économie d’énergie sur l’eau chaude et le chauffage des locaux d’un site.
Cas concret
Récupération de chaleur fatale sur un système de climatisation
Lors d’un projet de rénovation énergétique de son bâtiment, l’hôtel JW Marriott de Cannes a fait appel à ACCIONA Energía pour le financement du remplacement de son installation de climatisation. Grâce à sa nouvelle installation de récupération de chaleur fatale sur les compresseurs de production de froid, l’hôtel chauffe une partie de ses bâtiments en hiver et produit de l’eau chaude sanitaire en été.
Cas concret
Récupération de chaleur fatale sur un groupe de production de froid
Christophe Augeix, expert en performance énergétique, vous explique comment installer un procédé de récupération de chaleur. Il met en avant les résultats obtenus par un hôpital accompagné par ACCIONA Energía.
Récupération de chaleur fatale : une obligation réglementaire pour les data centers
Les data centers représentent de 1 à 1,5 % de l’électricité consommée en France en 2023 [3] Pour améliorer leur performance énergétique, les propriétaires et exploitants de data centers d’une puissance supérieure à 1 MW sont soumis à l’obligation de mise en place d’indicateurs de suivi et, depuis octobre 2025, de récupération et de valorisation de chaleur fatale au titre de la directive Efficacité énergétique révisée de 2023.
Au-delà des data centers, certains sites industriels sont également concernés par des obligations spécifiques. Les installations soumises à autorisation au titre des ICPE et dont la puissance thermique dépasse 20 MW doivent réaliser une analyse coûts-avantages portant sur la valorisation de la chaleur fatale, notamment en lien avec un réseau de chaleur ou un réseau énergétique local.
Comment valoriser la chaleur fatale récupérée ?
La chaleur récupérée peut être utilisée pour un usage interne (pour les besoins de chaleur et/ou en électricité des entreprises qui la récupèrent) ou externe (pour les besoins d’autres entreprises après injection dans le réseau de chaleur), notamment via son injection dans un réseau de chaleur.
Dans ce cas, la valorisation ne bénéficie pas uniquement au site producteur. Les usagers du réseau accèdent à une énergie thermique locale, décarbonée et à coût plus stable, sans investir dans leurs propres équipements de production de chaleur.
Concrètement, elle peut, par exemple, être valorisée pour :
- Préchauffer l’air comburant d’un brûleur ;
- Préchauffer l’air pour une centrale de traitement d’air ou pour un sécheur ;
- Générer de l’eau chaude process ou du chauffage.
À la clé ? Une amélioration de l’efficacité énergétique de vos installations et une réduction des émissions de gaz à effet de serre.
L’étude d’opportunité du mix énergétique réalisée en amont vous permettra d’identifier chaque source de chaleur fatale sur vos installations, d’analyser les niveaux de température et de définir les scénarios de valorisation les plus pertinents au sein de votre réseau énergétique.
EnR’CHOIX : l’arbre de décision de l’ADEME
L’ADEME a structuré la démarche EnR’CHOIX sous la forme d’un arbre de décision destiné à accompagner les industriels et les acteurs du tertiaire dans la définition d’une stratégie énergétique cohérente et performante.
Cette approche hiérarchise les solutions selon une logique progressive :
- Réduire les consommations par la sobriété et l’efficacité énergétique, afin de dimensionner au plus juste les besoins futurs ;
- Mutualiser les usages et les moyens de production, notamment via le raccordement à un réseau de chaleur existant ou à créer ;
- Prioriser les énergies renouvelables et de récupération (ENR&R) lorsque la mutualisation n’est pas possible.
Dans cette dernière étape, la démarche privilégie en premier lieu la valorisation de la chaleur fatale, ressource locale et non délocalisable, avant le recours aux autres énergies renouvelables telles que la géothermie, le solaire thermique, puis, en dernier ressort, la biomasse.
Le respect de cet arbre de décision conditionne l’éligibilité aux aides de l’ADEME, et notamment au Fonds Chaleur, les porteurs de projets devant justifier leurs choix au regard de cette hiérarchisation.
Quelles aides financières solliciter pour l’installation d’un système de récupération et de valorisation de chaleur ?
Face au constat de la quantité importante de chaleur perdue, la mise en place de dispositifs de récupération de chaleur est un enjeu de taille pour le gouvernement français. Certains projets peuvent ainsi bénéficier du soutien des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) et d’une aide financière de l’ADEME via le Fonds Chaleur, la loi autorisant désormais l’articulation de ces deux dispositifs.
Dans le cadre du dispositif des CEE, plusieurs fiches d’opérations standardisées permettent de valoriser la récupération de chaleur fatale. Ces fiches CEE couvrent des usages variés, allant de la production d’eau chaude au préchauffage de process, en passant par le soutien aux réseaux de chaleur ou encore la valorisation de la chaleur produite par les compresseurs d’air.
- RES-CH-108 : récupération de chaleur fatale pour valorisation sur un réseau de chaleur ou vers un tiers (France métropolitaine)
- BAT-TH-139 : système de récupération de chaleur sur un groupe de production de froid
- IND-UT-103 : système de récupération de chaleur sur un compresseur d’air
- IND-UT-118 : Brûleur avec dispositif de récupération de chaleur sur four industriel
- IND-UT-104 : Economiseur sur les effluents gazeux d’une chaudière de production de vapeur
- IND-UT-130 : Condenseur sur les effluents gazeux d’une chaudière de production de vapeur
Trois nouvelles fiches d’opérations standardisées ont vu le jour en 2025 autour de la chaleur fatale pour le secteur industriel :
- IND-UT-137 : mise en place d’un système de pompes à chaleur en rehausse de température de chaleur fatale récupérée
- IND-UT-138 : conversion de chaleur fatale en électricité ou en air comprimé
- IND-UT-139 : système de stockage de chaleur fatale
À noter
Certaines fiches historiquement utilisées, comme IND-UT-117, (Système de récupération de chaleur sur un groupe de production de froid pour l’industrie) ont été supprimées en 2025 et ne sont plus mobilisables dans le cadre actuel du dispositif CEE.
Vous avez un projet de récupération de chaleur qui ne correspond pas à ces fiches d’opérations standardisées ? Vous pouvez tout de même solliciter une prime CEE en suivant une méthodologie précise dans le cadre d’une demande d’opération spécifique CEE >
Ces opérations CEE constituent de puissants leviers pour accélérer la décarbonation de l’industrie et du tertiaire en optimisant les systèmes thermiques existants.
Valorisez votre chaleur fatale sans engager vos capitaux grâce au tiers-investissement
Au-delà des aides directes, plusieurs montages sont possibles en tiers-investissement pour vous éviter d’avoir à investir en fond propres pour la mise en place d’équipements de récupération de chaleur fatale :
- Le contrat de performance énergétique (CPE) définit le niveau d’économies d’énergie à atteindre et le garantit dans la durée.
- La gestion des utilités énergétiques (ou Utility-as-a-service, Uaas), permet de bénéficier d’une utilité produite sur site sans investissement initial, ni prise en charge de l’exploitation ou de la maintenance par le client.
En tant que tiers-investisseur, ACCIONA Energía prend à sa charge l'intégralité du financement, de la conception et de l'exploitation des systèmes de récupération.
Passez à l’action pour réutiliser cette énergie perdue
Vous souhaitez estimer le potentiel de récupération de chaleur sur votre site ? Financer votre projet d’efficacité énergétique ?
Nos experts ACCIONA Energía quantifient la chaleur perdue et dimensionnent le système à installer pour la récupérer. Nous vous accompagnons dans l’identification des solutions de financement les plus adaptées à votre projet.